Louis XIV au château de Monceau…

Le règne de Louis XIV est le plus long et le plus glorieux de l’histoire de France.

Fils de Louis XIII et de Anne d’Autriche, il nait le 5 septembre 1638, le troisième roi Bourbon monte sur le trône en 1643 et y demeura pendant soixante-treize années. Il mourut le Ier septembre 1715 à l’âge de soixante-dix-sept ans.

En 1666, le marquis Francisco de Castel Rodrigo (°1610-†1675) qui est aussi gouverneur des Pays-Bas, érige une forteresse sur le village de Charnoy, en l’honneur du jeune roi d’Espagne, Charles II. A la mort de Philippe IV, roi d’Espagne, Louis XIV fait valoir les droits de son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche (°1638-†1683) qui est la fille de Philippe IV. Ainsi démarre une guerre de dévolution ; le 2 juin 1667, Louis XIV entre dans Charleroi et ordonne la reconstruction de la forteresse à la suite de l’abandon et la démolition de celle-ci par le marquis Castel Rodrigo.

Louis XIV séjourne devant Charleroi du 16 mai au 17 juin. Tout au long de ses guerres, il loge à de nombreux endroits dans notre région.  Il est présent à Péronnes-Leval le 31 mai 1667 où il établit son quartier général. Le 1er juin, il est dans la région de Charleroi. Il y prend son temps, il s’y plait bien et il y reste jusqu’au 17 juin. Il séjourne aux châteaux de Ham-sur-Heure et de Farciennes où il a la curiosité de visiter les jardins du domaine accompagné de son épouse la reine de France.  D’autres illustres personnages comme le prince de Condé et le maréchal de Luxembourg ont quant à eux logés au château de Trazegnies comme nous le confirme M. Olivier de Trazegnies. Les châteaux de la région de Charleroi ont la cote auprès de ces éminences. Il est possible que Louis XIV aurait accepté l’hospitalité du marquis d’Aiseau, prince de Gavre, qui était lui aussi un fabuleux personnage.

Voici quelques notes à ce sujet (Pierre-Jean Schaeffer. Le château de Monceau, pages 28-30.), à vous de juger….

Louis XIV s’était installé au château de Monceau. Combien de journées et de nuits a-t-il passées à Monceau, nous ne le savons pas mais il fera une agréable découverte avec une préparation culinaire locale.

On lui avait servi un plat d’écrevisses pêchées dans les eaux claires du Piéton tout proche ; le ruisseau était voici quelques siècles, un petit cours d’eau très vivant et rempli de ces crustacés.

« Délicieuses ! Que dis-je ? Divines ! » s’était exclamé le monarque au comble de la délectation, entre deux rapports militaires de Turenne et de Vauban.

En gastronome averti, il avait apprécié la finesse et le bouquet de ce mets et dès ce jour, il avait exigé qu’on lui en présentât régulièrement.

On n’en aurait peut-être jamais rien su, si Mme de Maintenon, aussi acharnée épistolière que la marquise de Sévigné, n’en avait décrit les menus faits du royal voyage à quelques-unes de ses amies : les dames de Saint-Louis.

On devait savoir que des cageots de crustacés moncellois s’en allaient fréquemment rejoindre les cuisines royales pour la plus grande délectation de l’ambitieux souverain.  

Mme de Maintenon, née Françoise d’Aubigné (†1719)  à la maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, est une dame française des XVIIe et XVIIIe siècles qui fut l’épouse puis la veuve de Paul Scarron qui était écrivain. Par la suite, elle fut titrée marquise de Maintenon. Elle fut gouvernante des enfants naturels de Louis XIV et épouse secrète du roi.

­­­­­­­­ En 1880, on signalait toujours sur les menus des plus réputés restaurants parisiens, les écrevisses du Piéton, rivière aujourd’hui voûtée, et dont le nom est presque oublié. Selon certaines sources, il aurait existé bien longtemps à Paris, un restaurant « Aux Écrevisses de Piéton ». Nous n’en n’avons pas trouvé trace, sauf un restaurant appelé « L’Écrevisse » dans le 17eme arrondissement.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que Gaston Clément un célèbre chef-coq de chez nous, chroniqueur culinaire dans la presse et à la radio nationale, devait relancer cette délicieuse recette tombée en désuétude.

­ La recette :

« Pour une douzaine d’écrevisses, coupez en quatre une carotte moyenne et divisez chaque quartier en lames très minces, c’est ce que l’on appelle en cuisine professionnelle « émincer ». Faites la même chose avec un oignon, une échalote et mettez le tout dans une casserole avec 25 grammes de beurre. Faites suer, c’est-à-dire cuire sans colorer, ajoutez une brindille de thym, une petite feuille de laurier et une petite racine de persil. Versez dans la casserole un décilitre d’eau. Faites bouillir, salez sans excès ; ajoutez une prise de poivre en grains écrasés et les douze écrevisses qui auront été châtrées, c’est-à-dire l’écaille du milieu de la queue retirée. Laissez cuire à couvert durant dix minutes. Retirez les écrevisses pour les mettre dans une timbale, faites évaporer une partie de la cuisson et ajoutez-y hors du feu un bon morceau de beurre, assurez-vous de l’assaisonnement et versez le tout sur les écrevisses. Semez du persil haché sur le tout et servez bien chaud. On peut aussi passer la cuisson et y ajouter ensuite le beurre. Mais il est préférable de servir les légumes de cuisson ».